LE CANON
Face à une aube naissante deux armées sont prêtes à se jeter l'une sur l'autre. Les généraux lancent le signal d'attaque. Tout à coup le tonnerre retentit et au milieu de l'ennemi il y a un nuage de poussière, puis encore un autre, suivi de la mort instantanée d'une dizaine de guerriers. Epouvanté, l'assaillant recule et s'enfuit, c'est la victoire.
Le canon apparaît en 1346 en Occident. Sans lui les batailles ne se composent que de corps à corps sanglants. Les deux adversaires se mettent d’accord sur le champ de bataille à choisir. La mise en place des deux armées est longue et périlleuse. A la moindre faute de jugement la défaite est assurée. Le perdant doit donner une partie de son territoire. Avant l’apparition du canon, toutes les structures fortifiées étaient défendues avec méthode. L'apparition de cette arme destructrice révolutionne et met fin à des guerres féodales. Elle change parfois une défaite du nombre par une extraordinaire victoire de la stratégie. Le premier canon apparaît en Afrique du Nord en 1250. Mais il acquière ses lettres de noblesse avec les frères Bureau. Petit à petit chaque fortin, chaque redoute, commencent à en être équipés. Les batailles se mesurent moins en nombre de soldats mais souvent en quantités de pièces disponibles. Son entretien est donné à un groupe d'hommes qui lui est dévoué. Une destruction, même involontaire entraîne une sanction sévère et parfois la mort. Lors de son utilisation, cette "bouche à feu" terrorise les plus téméraires. Son cri déchirant l'air provoque l'effroi. Il est emmené partout en campagne. Il est transporté par-dessus les monts et à travers les forêts profondes. Au bout d’un certain temps, il conquière une partie de l'Europe. Il traverse les mers pour posséder de nouveaux territoires. Il est d’avantage connu grâce à la marine qui lui donne de nouvelles heures de triomphe. Quoi de plus avantageux que de frapper l'adversaire de loin sans trop subir de contrecoups. Les corsaires utilisent savamment cet avantage en alliant vitesse et manœuvres dans le vent. Rien n'est plus facile que de paralyser l'ennemi avec des projectiles reliés les uns aux autres. Les marins provoquent de graves dégâts aux bateaux ennemis. La multiplication du canon est semblable à la fleur expulsant ses spores aux quatre coins du monde. Cet état engendre de nouvelles découvertes plus destructrices portant des noms tristement célèbres :
"Bombardes (1338)", utilisées pour le siège de Constantinople par les Turcs, "Pièces à flasques (1480)" en fer limitées à trente coups par jour à cause de l'échauffement des pièces. "Les six calibres (1605), Mortiers (15e), Gribeauval (1765)".
Les premiers fabricants apparaissent et avec eux les premières industries. Le développement des usines d’armement permet sa prolifération. Les guerres prennent une autre tournure. Elles deviennent plus sanglantes car avec l'expérience cet engin devient de plus en plus petit, maniable et précis. Il essaime un peu partout dans le monde. Les fondations sont scellées. D'années en années son nom est glorifié. Mais cet objet n'est pas uniquement synonyme de morts et de destructions. Il a également contribué au rétablissement de la paix et à la libération de peuples opprimés. Il a été le précurseur de la naissance d'un nouveau règne. Lors de l'investiture du Président de la République, le Grand Chancelier de la Légion d'honneur lui passe au cou le collier, un soldat tire vingt et un coups de canon. Pour la réception du président de la République dans une ville de garnison cent un coups de canon sont tirés. Le canon, pièce maîtresse de nos victoires est connu de tous. Il laisse glisser derrière lui des siècles d'histoire et imprime son respect dans l'esprit de nos dirigeants.
Richard Géhénot
Note de Fredleborgne.
Cher Richard, nous utiliserons le canon pour défendre le libre ...autour d'un pot de l'amitié.
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