Interview de
Alain Garot

Fiche ILV

A propos de
"L'immature"
"L'eau d'épine"

 

-       Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire ?

. Le livre était chez mes parents un objet précieux. Mon père, bien que modeste cantonnier, aimait beaucoup lire… Surtout des livres engagés, comme ceux qui relatent en version romancée les luttes ouvrières de notre vingtième siècle… Cela d'autant plus qu'il eut la chance de vivre pendant pas mal d’années dans le voisinage immédiat d'un grand écrivain ardennais : Jean Rogissart : ( Prix Renaudot 1937 – Œuvre : MERVALE - Editions Denoël) discutant fréquemment avec lui… Déjà mon grand-père paternel écrivait des jeux d'esprit versifiés pour les grands quotidiens de son époque.
Je crois avoir hérité d'eux cette passion du livre.
Quant à devenir auteur, c'est le besoin d'extérioriser ma souffrance d'adolescent « en recherche de sens à la vie » qui me poussa à écrire L'Immature. J'avais tout juste seize ans. Vers mes 25 ans, je m'y suis remis et j'ai eu la chance de rencontrer un autre écrivain ardennais : Théophile Malicet. Poête de qualité, auteur du livre « Debout frères de misère », celui-ci m'a lu, conseillé et vivement encouragé.
Mon « Eau d'Epine » a raté de peu l'édition. A cette époque, être édité quand on n’avait pas le sou était une vraie consécration. Et, par orgueil sans doute, je n’ai pas voulu suivre les conseils de l’écrivain-éditeur confirmé qu’était Camille Belliard, lequel me demandait simplement, pour pouvoir éditer mon ouvrage, de revoir sa fin l Un grand, ce Camille ! A tout point de vue. Et j’en ai pris conscience trop tard.
Après, j'ai vécu un long parcours professionnel qui ne m’a pas laissé d’autre choix que celui de mettre « mon écriture » entre parenthèses.

-     Que vous évoque l'œuvre publiée et dans quelle circonstance a-t-elle vu le jour ?

Une certaine fierté… Et en même temps la prise de conscience qu’éditer un bouquin, tout compte fait, n’est pas la panacée universelle. Fierté surtout parce que j'ai quitté l'école avant la fin du premier trimestre de la classe de seconde et qu'ensuite j'ai bossé comme un fou pour écrire. Cours de rédaction littéraire par correspondance…. Tonnes de pages écrites, raturées, mises au panier. Je n'étais jamais satisfait de ce que je faisais. Mais, avec du recul, je m’aperçois que ce travail acharné sur l'écriture m'aura permis de faire bien autre chose. De la fonction d'agent de Planning, de conducteur de travaux, de secrétaire de Mairie, de directeur de Maison de retraite et enfin de directeur administratif et financier régional (200 salariés c’est pas rien !) « L'Eau d'épine » est arrivée sur ILV à l'issue de ce long et passionnant cheminement professionnel. Je n'ai eu qu'à le ressortir des cartons….
Oui, fier ce petit Alain ! de son Eau d’Epine, certes, mais aussi du reste (sans compter sa vie familiale sur laquelle il y aurait tant de merveilles à dire) !
Qui aurait pu imaginer cela, trente ans plus tôt ?

-    Est-elle un reflet de vous-même ?

« L'Immature », oui… Mais à une certaine époque. Quant à « L'Eau d'Epine », elle n'est pas le reflet mais le fond de moi-même. Du reste, pourquoi ce titre ? Un symbole bien sûr. Camille Belliard l'avait tout de suite compris en me lisant.
En fait, je n'écris pas pour le plaisir de raconter des histoires. Et je ne me fais pas non plus plaisir en écrivant. Si j'écris, c’est parce que j'ai des choses à dire… Plein de choses que j'estime essentielles : L'amour déjà, sans lequel nous ne sommes rien, ni vous, ni moi. Rien ! Et puis la misère des pauvres… (Et pas seulement matériellement) eux qui sont pour moi les préférés du bon Dieu. Aujourd’hui comme hier, ils foisonnent et sommeillent parfois au creux de nous-mêmes (?). Enfin, cette immense richesse que tout homme porte en lui, qu'il exploite si peu et encore moins dans notre société qui lui apporte tout sur un plateau. Croyez-moi : si je n'avais rien à faire passer d'essentiel dans mes écrits, j'arrêterais immédiatement d'écrire. Je ne conçois pas une vie comme une simple partie de poker mais plutôt comme un long chemin. Seule - et sans doute unique différence avec mes amis qui ne croient pas  - mon chemin, lui, a une issue ! Et j’en suis profondément heureux !

 

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